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Médias et violence - Comment réagir? Comment protéger les adolescents?

Que ce soit dans des films, des jeux vidéo ou sur YouTube, les représentations à caractère violent sont largement répandues dans le monde numérique. Cela va des scènes de combat comiques dans les dessins animés de Tom & Jerry aux exécutions et autres actes de cruauté, dont on ne sait pas toujours s’ils sont réels ou mis en scène. Pour les parents, ce thème soulève une grande incertitude. Les enfants peuvent tomber sans le vouloir sur des contenus effrayants ou être confrontés à des vidéos choquantes qui circulent à l’école. En outre, un bon nombre des jeux préférés des jeunes recèlent des contenus à caractère violent. Dès lors, comment réagir ? Et comment protéger les adolescents ?

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DES JEUNES SUISSES ONT DÉJÀ FILMÉ UNE FAUSSE BAGARRE, 7 % UNE VRAIE. (JAMES 2018)
62%
DES JEUNES ONT DÉJÀ REGARDÉ SUR UN TÉLÉPHONE MOBILE OU SUR UN ORDINATEUR DES VIDÉOS À CARACTÈRE VIOLENT. (JAMES 2018)
5%
DES 12 À 19 ANS ONT DÉJÀ EU DES PROBLÈMES CAR ILS AVAIENT ENREGISTRÉ DES CONTENUS PORNOGRAPHIQUES OU VIOLENTS INTERDITS. (JAMES 2018)
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Bon à savoir

Les médias numériques recèlent de nombreuses formes de représentation de la violence. On peut distinguer les catégories suivantes (étude « Gewalt im Web 2.0 », 2008) :

  • la violence « humoristique » : par ex. dans des dessins animés ou des vidéos de mises à l'épreuve comportant un danger, mais dans lesquels les protagonistes s'en sortent indemnes ;
  • les vidéoagressions (smack cam, slap cam, happy slapping) : un phénomène qui se produit en particulier entre jeunes. Ils filment des scènes d'agression ou de blessure pour les diffuser ensuite via les téléphones mobiles ou Internet. Aux atteintes physiques s'ajoute pour la victime l'humiliation de voir son agression diffusée sur Internet ou dans son cercle d'amis. À partir de la vidéo montrée, il n'est souvent pas possible de distinguer s'il s'agit d'une mise en scène ou d'une situation réelle ;
  • la violence extrémiste : publications, vidéos ou musique de propagande d'extrême droite, d'extrême gauche ou de l'islamisme radical (→ Extrémisme et radicalisation) ;
  • les discours de haine (hate speech) : publications ou commentaires à contenu discriminatoire ou haineux à l'encontre d'une personne ou d'un groupe de personnes. Les discours de haine apparaissent généralement sur les réseaux sociaux, les services de messagerie, les forums, les blogs ou les portails vidéo (→ Discrimination et discours de haine) ;
  • les jeux à contenus violents : les représentations de la violence sont largement répandues dans les jeux vidéo et les jeux en ligne. En outre, les progrès technologiques permettent de rendre le graphisme de ces jeux de plus en plus réaliste. Cette perception est encore accentuée dans les jeux de tir en vue subjective, où le joueur tire lui-même sur des cibles. Des indications de limite d'âge et d'autres systèmes de classification comme PEGI donnent des informations sur la brutalité des contenus ;
  • les films à contenus violents : films policiers, d'action de guerre ou d'horreur. Dans le domaine du film également, la violence est monnaie courante. Les films d'horreur en particulier exercent un attrait sur les jeunes. Les indications de limite d'âge donnent une orientation ;
  • les clips musicaux et textes de chansons à contenu violent : la musique joue un rôle important pour les jeunes en quête d'identité ou d'appartenance, et leur permet d'exprimer leurs émotions. Des textes provocateurs et exaltant la violence existent dans divers genres, par ex. le rap, le black ou le heavy metal, le rock punk ou gothique. La musique joue également un rôle particulier sur la scène d'extrême droite, avant tout à des fins de propagande et pour attirer de nouveaux adhérents : les chansons appellent souvent directement ou indirectement à la violence (→ Extrémisme et radicalisation) ;
  • la pornographie à caractère violent : la pornographie dite dure est illégale. Elle englobe les actes sexuels commis avec des enfants ou des animaux, les représentations pornographiques de viols, les actes de cruauté à motivation sexuelle, la contrainte sexuelle avec usage de la violence ou atteinte à l'intégrité corporelle. La curiosité pousse de nombreux jeunes à consommer de la pornographie. Or, même la pornographie illégale est très facilement accessible sur Internet (→ Sexualité et pornographie) ;
  • la violence réelle et les snuff movies : c'est dans les émissions d'actualités que l'on voit le plus souvent des scènes de violence réelle (criminalité, guerre, terrorisme) ou des victimes de catastrophes. Mais sur Internet circulent de nombreuses vidéos dont on ne sait pas si elles sont réelles ou non, par ex. des snuff movies qui montrent des scènes de meurtre. Des groupes islamistes diffusent régulièrement des vidéos montrant des exécutions ou des scènes de torture ;
  • les automutilations : les comportements d'automutilation (comme la scarification) prennent une tout autre dimension avec les possibilités qu'offrent les médias numériques. Sur les réseaux sociaux, de telles publications suscitent souvent un large écho, tant auprès des personnes concernées que des curieux. Les jeunes utilisent également les forums et les services de messagerie pour s'inciter mutuellement à la surenchère, par ex. en cas d'anorexie ou de boulimie (→ Mise en scène de soi-même et idéaux de beauté) ou encore de pensées suicidaires.

La fascination s'explique par plusieurs raisons :

  • l'excitation et le frisson ;
  • l'attrait de l'interdit et de l'insolite ;
  • la possibilité de vivre des choses qui ne sont pas possibles ou permises dans la vie réelle.

À cela s'ajoute le fait que, durant la puberté, les jeunes ont naturellement tendance à avoir un comportement à risque. En psychologie, on explique cette caractéristique de la personnalité par la recherche de sensations fortes (Zuckerman) : la soif de nouvelles expériences, impressions et sensations incite à prendre certains risques. Mais la disposition au risque à l'adolescence dépend également de facteurs sociaux. Les mises à l'épreuve, le statut et la pression du groupe jouent un rôle important, notamment lorsqu'il s'agit de publier des vidéos à caractère violent. Les provocations délibérées sont souvent constitutives du processus de détachement des parents. Le jeune est amené à tester diverses choses dans la recherche d'une identité propre et de l'appartenance à un groupe.

Cette question revient régulièrement sur le tapis et fait l'objet de discussions très émotionnelles, en particulier après des événements tragiques, comme les tueries commises par des forcenés. Cependant, pour ce qui est de l'influence de la violence dans les médias, on ne peut dégager une relation claire de cause à effet. Les études à long terme montrent que la consommation fréquente de médias à contenu violent peut constituer un facteur qui accentue l'agressivité des enfants et des jeunes. Mais d'autres facteurs de risque entrent également en jeu, par ex. la personnalité, l'environnement social et le degré de violence déjà expérimenté au sein de la famille, à l'école ou avec des jeunes du même âge. Ce qui est certain, c'est qu'un jeune qui présente une personnalité assez agressive choisira plutôt des contenus médiatiques à caractère violent. Les critiques visent principalement les jeux de tir et les jeux d'action : ceux-ci banalisent la violence et passent totalement sous silence les conséquences des actes de violence. La consommation de médias à contenu violent peut également susciter de la colère, de l'incertitude, de l'irritation ou de l'angoisse. Après un certain temps peut également survenir une perte d'empathie : l'enfant ou l'adolescent ne parvient plus à se mettre à la place des autres.

Le potentiel de risque est particulièrement élevé lorsque la violence est présentée comme justifiée, qu'un comportement violent reste impuni ou est même récompensé, que les protagonistes violents sont présentés de manière à ce que les enfants et les adolescents s'identifient à eux, ou que les conséquences négatives pour la victime sont passées sous silence (source : Kunczik et Zipfel, Medien und Gewalt, 2010).

Important

Les jeux vidéo d'action font partie du quotidien de nombreux jeunes.

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À quoi faut-il faire attention?

Cela vaut dans la vie réelle, mais aussi pour tout ce qui se passe dans l'espace numérique. Et cela vaut tant pour les blessures physiques que psychologiques. Envoyer des vidéos dans lesquelles quelqu'un subit des actes de violence, ce n'est pas une plaisanterie.

 

On se comporte souvent différemment en groupe. De plus, le groupe peut exercer une certaine pression et pousser à la surenchère, par ex. lorsqu'il s'agit de vidéos extrêmes ou de mises à l'épreuve.

Avant de se laisser entraîner à commettre des actes irréfléchis, il faudrait toujours se poser la question de savoir si on peut vraiment les assumer.

 

L'envoi et le tournage, mais aussi la simple possession de vidéos à caractère violent sont interdits. De telles représentations portent en effet gravement atteinte à la dignité des personnes figurant dans ces vidéos. Par conséquent, toute personne qui enregistre sur son téléphone mobile ou son ordinateur des vidéos extrêmes (films pornographiques, exécutions, etc.), tourne une vidéo d'agression ou envoie de tels films à ses amis se rend passible de sanctions pénales. En cas d'enquête, la police peut mener une perquisition à domicile et saisir les appareils et supports incriminés, dont la destruction pourra être ordonnée.

Est également passible de poursuites toute personne qui ne porte pas assistance à une victime de violence (par ex. en cas de vidéolynchage [happy slapping]). En Suisse, la responsabilité pénale commence à l'âge de 10 ans.

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Que peuvent faire les parents ?

Limitez l'accès à l'ordinateur pour les enfants, actionnez les réglages de sécurité et installez un logiciel de protection de la jeunesse (→ Sécurité et protection des données). Les consoles de jeux (→ Jeux vidéo), les services de streaming et les opérateurs TV (→ Télévision et Streaming) proposent également des fonctionnalités de contrôle parental.

Mais il faut être conscient que ces mesures ne garantissent pas une protection à 100 %.

Pour les films et les jeux, observez les indications de limite d'âge (→ Autres informations utiles). Examinez aussi vous-même les contenus et testez les jeux pour voir si la limite d'âge vous paraît appropriée.

  • Intéressez-vous à l'univers médiatique des enfants et des adolescents. À quels jeux s'adonnent-ils ? Quels films et séries regardent-ils ? Quels sont leurs musiciens et groupes préférés ? Penchez-vous sur les contenus et lisez par exemple les textes des chansons. Le jeune est-il conscient que telle ou telle chanson fait l'apologie de la violence ? Qu'est-ce qui le fascine dans cette chanson ? Que pense le jeune des actes de violence qu'il voit dans un film ou qu'il exerce lui-même dans un jeu ?
  • Pour les jeux, proposez-lui des alternatives (→ Autres informations utiles).

Les jeunes enfants ne font pas la distinction entre violence réelle et fictive. C'est un processus qui n'intervient que vers l'âge de 6 ans. Mais chaque enfant est unique dans son développement et sa perception des choses. Ne laissez jamais votre enfant regarder seul des films ou la télévision, observez ses réactions et parlez de ce qu'il a vu. Quels sentiments manifeste-t-il ? Quelles pensées lui traversent l'esprit ? Expliquez-lui clairement qu'il s'agit de mises en scène et non de situations réelles.

 

  • Dans les discussions, prenez clairement position contre la violence et insistez sur le fait qu'un comportement violent n'est jamais une solution.
  • Les jeux, précisément, n'abordent quasiment pas les conséquences d'un comportement violent. Or les jeunes doivent être conscients de ces conséquences dans la vie réelle. Ils doivent savoir quels comportements sur Internet sont assimilables à des actes punissables, par exemple lorsqu'ils enregistrent des vidéos pornographiques à caractère violent sur leur téléphone mobile, qu'ils envoient des vidéos contenant des actes de cruauté ou qu'ils filment des scènes de baston (→ Actes punissables).
  • Si votre enfant consomme des contenus médiatiques à caractère violent lorsqu'il se trouve chez des amis, il peut être utile d'avoir un entretien avec les parents de ceux-ci.
  • Soyez attentifs aux signes de changement dans le comportement des jeunes et prenez ces signes au sérieux. Se renferment-ils sur eux-mêmes ? Leurs résultats scolaires sont-ils en baisse ? Votre enfant a-t-il de la peine à dormir ou fait-il des cauchemars ? Son comportement devant les jeux vidéo s'est-il modifié ? Devient-il agressif ?
  • Si vous ne savez pas comment réagir, prenez conseil auprès d'un service spécialisé (→ Autres informations utiles).
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Autres informations utiles

Jeux vidéo

PEGI : limites d'âge et descripteurs de contenu
L'appli pour smartphone PEGI
Jeux non violants pour enfants et adolescents

 

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